• 1900-1962- Philippeville ou Histoire illustrée de la Maison d'Agriculture

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                                                            QUATRE CLICHES EVOLUTIFS, QUATRE PERIODES DIFFERENTES.

    Cliché 1.- Avant 1900.-La plupart des maisons sont bâties en rase-mottes. Au mieux,un étage sur rez-de-chaussée. C'est du solide. Heureusement, car viendront s'ajouter plusieurs niveaux sans que les fondations  ne cèdent,ce sera la vocation de cet axe principal de la cité, appelé d'abord Rue Nationale. Ici, sur la première maison à dr sera bâti un ensemble important aux multiples activités. Les multi-niveaux sont encore rares.

    Cliché2.- Surélévation et engloutissement de la maison insignifiante indiquée précédemment. Le cliché montre une extension qui touche à son terme. Les échaufaudages sont retirés par tranche de travaux de haut en bas. On voit bien se profiler le produit définitif; ( A noter à g. le futur magasin de cycle Redon. et au fond le clocher de l'église).

    Cliché 3.- Les intiniales  gravées "MC" ou Maison du Colon. On la débaptisera pour Maison de l'Agriculture, dénomination convenant au contexte politique. C'est ici que mon père Philippe sera entraîné vers des activités syndicales. On vient tout juste de sortir de la Seconde Guerre Mondiale. Auparavant,  en 1943, un obus Allemand a traversé plusieurs niveaux de la bâtisse sans exploser. Il n'y aura aucune victime à déplorer. A dr, une partie des HBM, (Habitations à Bon Marché) premier complexe construit dans la cité. Bien que très utile, ce sera la première plaie architecturale en plein coeur de la ville.

                               Maison aux multiples services. a) La vie syndicale. Combien d'heures ai-je passées à observer mon père dans ses engagements professionnels. Rude tâche que de convaincre un agriculteur qui doit adopter un esprit collectif. C'est le contraire qui l'anime. Une nouvelle ère va le mobiliser : dans les années "50", on voit surgir de nouveaux décrets d'indemnisation pour biens spolliés. Là, les syndiqués accourent. Ils vont même suspecter mon père, homme maladivement scrupuleux pour s'être servi le premier. Ingratitude! Philippe va donc s'employer avec force et conviction pour obtenir l'AOC en vin et viandes (v. plus loin). Le manque de cohésion entre individus encore trop autonomes va le mener à l'échec.

                                 b) Des services et des noms: La banque agricole, Mutualité Agricole, 72, Rue Clémenceau- nouvelle appellation- Monsieur Bertucci son directeur, Monsieur Duplessis à l'étage où mon jeune frère Albert connaîtra son premier emploi.  Monsieur Ascensio, joueur de l'EJP, caissier de la banque, aux humeurs versatiles, Mademoiselle Yacono, secrétaire du Syndicat....Tout ce petit monde rendait très active cette maison familière aux terriens. La grande salle de réunion, où encore mon père s'illustrait à animer les séances de la Confédération des Agriculteurs...J'y ai fait mes armes pour apprendre à intervenir en public. Sans oublier, à l'étage supérieur, en profession indépendante Madame Beck émule de Bach et ses cours quotidiens de piano. Les notes égrénées rivalisaient avec le crépitement des machines Underwood.

    Cliché 4.- 2011.- J'ignore aujourd'hui l'affectation de cette grande maison remplie de souvenirs. Le bleu pastel règne partout. Les paraboles permettent de constater qu'on l'habite à l'étage. Des anciennes Portes de Constantine à celle de Stora, le niveau des habitations va doubler de hauteur. La configuration du sol en est la cause : entre le Djebel Bou Yala et le Djebel Skikda, les places sont chères. Les palmiers filiformes participent eux aussi à cette tendance. Ici, il a fallu un demi-siècle pour les voir atteindre d'inaccessibles sommets.  La colonne vertébrale commerciale, hormis le marché de détail, demeurera la Rue Clémenceau, ex-Rue Nationale. Son originalité : bout à bout ce ne sont que des arcades qui la jalonnent des deux côtés. Lors des grandes chaleurs, on saura les apprécier. Avec elles,  l'adoption des persiennes sur la périphérie méditerranéenne sait se protéger intelligemment de ces journées caniculaires. "Lumière égale Chaleur".

                      SOUVENIRS SENSORIELS.- C'est à quelques mètres de là que ma grand-mère, Philomène Balestrieri, quittera le Beni Melek pour habiter Rue Clémenceau. Du balcon, à l'âge de 5 ans, j'éprouvais le plaisir d'observer l'animation du Centre-Ville, de humer les odeurs alléchantes. Sous le balcon, un restaurant oriental, le fumet de mouton,  la "margâ" ou sauce allongée de divers légumes et préparée tôt le matin pour le couscous de midi, cet ensemble d'ingrédients envahissait l'appartement à l'étage. La tentation était si forte que Grand-mère se faisait livrer une portion pour déjeuner. La gargote, le vulcanisateur Gentile tout proche, à raison dune explosion de chambre à air... par jour, de quoi sursauter à chaque déflagration, les charrettes aux roues ferrées doublaient d'intensité sonore sur les pavés...et ce Vétérinaire Vicrey qui, un jour,au volant de sa Peugeot, vit sa roue avant droite quitter l'essieu, le devancer pour aller atterrir contre le pilier d'une arcade, sans faire de victime. Ouf !..

                                 Laissons sur la dr au n° 66, la "Charcuterie Parisienne", paradoxalement tenue par un Lyonnais Emery.  Lyon, capitale gastronomique et plaque tournante des épices venues d'Orient ou d'ailleurs, a donné à ce professionnel du porc une notoriété sans égal. De plus, c'est papa qui lui fournit la viande. Nourritures saines, castration, mise à l'engrais, différentes étapes contrôlées minutieusement  par le maître éleveur. Outre la branche de la viticulture des coteaux,  il est tout de même Président du Syndicat des Eleveurs de Porcs, il faut être exemplaire. Importation de races superbes "Largewhite, Yorkshear"...Tout ce qui est signé Philippe porte l'authentique label "bio" avant même que ce terme ait été utilisé. Deux "pros" consciencieux de la viande cuisinée ne pouvaient qu'attirer une fidèle clientèle soucieuse d'y trouver les meilleures saveurs. Aussi, franchir le seuil de cette "chaircuiterie" éveillait en vous un appétit pantagruélique...Souvenirs obsessionnels, Souvenirs olfactifs, quand pourrai-je m'en détacher? Je comprends mieux Marcel Proust, notre écrivain contemporain qui n'a de cesse pour la délicieuse "Madeleine" qu'il venait déguster chez sa grand-mère quand il était en culotte courte.

                                 Sur le balcon de Mère-Grand, tous les parfums de Méditerranée entretenus dans des pots : basilic, menthe,estragon... Une façon à elle de ne pas quitter la terre, sa  passion, une façon à moi de fixer à jamais les parfums qui caractérisent la cuisine  Méditerranéenne. En face,  l'épicerie Morandé,  sur le comptoir des bocaux carrés et coudés, tournés vers la clientèle et remplis de friandises multicolores. Houm! Inaccessibles mais tant désirées par ce bambin de 5 ans ! En période de restrictions, période de la Seconde Guerre Mondiale, la tentation ne peut être que plus grande!!!

     


       


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