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Histoire de France: 11 novembre, l'Armistice.Plutôt qu'une image incomprise du poilu blessé, unijambiste, boiteux, asthmatique par les gaz de combat, j'ai choisi au contraire un cliché noble, celui de la tenue de parade de mon père Philippe. Pourquoi ce choix? Parce que la jeunesse actuelle abreuvée d'images, d'images virtuelles, d'images abstraites ne peut pas partager les souffrances endurées par nos ascendants. Au prix de leur sang, ils ont protégé notre identité, notre liberté de penser et d'agir. "J'ai dit ma peine à qui n'a pas souffert, il s'est ri de moi, j'ai dit ma peine à qui a souffert, il s'est penché vers moi. Ses larmes ont coulé avant mes larmes, il avait le coeur blessé". Jean Amrouche, poète Berbère.
Observation du document. Ce personnage que vous découvrez dans sa tenue de spahi, a connu de nombreux évènements. Il participa à la guerre de 14-18, à celle de 39-45, puis il subit celle de la décolonisation 54-62. Au cours de ma jeunesse, le témoignage qu'il me légua sur la Première Guerre Mondiale m'a révolté. Cette tenue de parade au rouge écarlate empruntée à l'Esprit Chevaleresque était celle que l'on exigeait pour monter au front, aux premières heures. Brillant de tous les éclats, le trouffion, devenu une cible facile, allait au "jeu de massacre". "Ils tombaient comme des mouches" me disait-il. Ceci avant d'avoir compris qu'il fallait adopter le camouflage.
Néanmoins, la tenue du régiment de Spahis, était exemplaire. Lorsque Philippe défilait à Sfax (Tunisie) ou à Tarascon (Provence), il faisait partie de ceux que l'on admirait le plus. L'originalité était son couvre-chef ou chéchia, et son pantalon golf formé de mille plis. Faute de fer à repasser, il devait chaque soir, le plisser et le placer sous son matelas. La tenue d'ensemble brillait et la clique aussi. Les instruments de cuivre et les raïtas ( instrument musical arabe) donnaient une couleur originale incontestable à l'orchestration.
Hommage au disparu. Philippe Di Costanzo faisait donc partie de ces poilus. Le destin voulut qu'il mourût le 10 novembre 1982, tué par une arme redoutable, l'auto conduite par un retraité de 62 ans, fraîchement installé dans le confort de retraité tandis que mon père à 88 ans revenait de son travail quotidien d'horticulteur. L'arme assassine que nous tenons tous dans nos mains arrive à nous faire oublier les risques. Le conducteur, au degré d'alcoolémie incontestable, alla chercher la victime dans un passage protégé de Toulon. Plus grave que l'accident : le télescopage de deux philosophies. L'un croit découvrir la vie par son côté jouissif, l'autre a compris que la vie ne fait pas de cadeau : tant que tu es valide, il faut bosser. Ainsi, tu profiteras mieux des moments de détente. Il appréhendait une mort dépeinte par J.Brel dans "Les Vieux": "du lit à la fenêtre, du lit au lit..Il échappa à cette dépendance. (En ce 10 novembre 2007, jour anniversaire).