(c(cliquez) n°1 n°2 n°3 n°4 n°5 n°6 et 7 Introduction. Le doyen des poilus avait 110 ans, mon père victime de la circulation en 1982, en aurait aujourd'hui 114. Cet article s'imposait après le décès récent du dernier survivant de la Guerre atroce. Il ne faut pas oublier ceux qui ont vu leur vie abrégée en raison des séquelles qui les ont suivis plusieurs années après l'Armistice. Je pense à ce "gazé" qui dans les années 60, attendait comme moi le moment de se faire servir par le commerçant. Sa respiration d'asthmatique rendait l'instant insoutenable...
A LA MEMOIRE DES POILUS HORS PANTHEON (1)
n°1: Philippe Di Costanzo ( 1894-1982) au front durant la Guerre de 1914-1919 (Lieu Haramont). n°2: Affectation au 4°Régiment de Spahis. Le Sud Tunisien, base arrière du régiment ne lui est pas favorable. Au premier contact avec l'eau saumâtre, il sera victime d'une dysenterie, l'insalubrité des eaux chargées de bacilles, avec atteinte rénale, verra sa vie condamnée par la médecine, il s'en tirera grâce à sa sobriété. Les maladies infantiles dont il se sentait protégé à Philippeville se réveillent en raison du choc climatique. Bien qu'endurci par le métier d'agriculteur, et excellent cavalier, il fera une chute de cheval, son ami. Il sera donc contraint à l'immobilité pendant une période où il sera sollicité pour le clairon (lui-même cornettiste) et la cuisine de la popote des sous-officiers. Une fois sa santé rétablie, il fera partie de la promotion apte "à monter au front". n°3 . L'agriculteur, soldat de choix pour les officiers, ne tardait pas à faire ses classes. Il était robuste et combatif. Ce sont les stèles rurales qui comptent proportionnellement le plus de victimes. Philippe aurait dû monter immédiatement en première ligne. Son frère aîné Thomas (1892-1933), sitôt démobilisé de son service militaire sera rappelé un mois après pour grossir les rangs de l'armée défensive, cette promo sera le réservoir fraîchement préparé qui occupera le terrain aux premières heures, ce sera aussi les premiers sacrifiés. Il sera blessé (2) et fait prisonnier (cliché n°5, assis 1° à g). En effet, ce sont les gens de la terre et les gradés qui ont été les victimes les plus nombreuses. Le statut de musicien met momentanément Philippe à l'abri de l'Enfer qui règne au front. Les différents concerts programmés sur son carnet de route montrent qu'il doit apprécier de souffler dans une embouchure plutôt que de se faire "déquiller dans ce jeu de massacre". Malgré cette situation apparemment privilégiée, il ne sera pas épargné, il fera comme tout le monde, il ne sera pas à l'abri de la confrontation et des bombardements. Il me relatait qu'un jour, à l'heure d'un repli des premières lignes dont il faisait partie, pour marquer un temps de repos, il s'était assis sur un banc de fortune. L'idée lui vint de changer de place. Sitôt installé, un gros éclat d'obus est venu laminer la place qu'il venait de quitter. Cette guerre mieux préparée par l'ennemi fera 1 million et demi de victimes du côté Français. Aux premières heures du conflit : "Ils tombaient commedes mouches" me racontait mon père, auteur du carnet de route. Son régiment de Spahis, aux habits amples et aux couleurs éclatantes devenus cibles idéales, s'exposait tragiquement aux tirs allemands : le théâtre des opérations ressemblait à une boucherie. L'idée du camouflage, d'abord l'accoutrement kaki et le casque pour le spahi (photo n°1), ne viendra que plus tard. Les premiers combattants montaient à l'assaut chaussures cirées, métaux clinquants, habits écarlates (Photos n°7)...de quoi penser au désastre d'Azincourt en 1415, à l'ère de la chevalerie. Photo n°6 : il s'agit de Pierre Di Costanzo ( 1897-1927) le plus jeune des frères, il sera infirmier dans le régiment des zouaves. Décédé à 30 en laissant deux orphelins. D'une guerre, on sort aguerri, dit-on, je pencherai plutôt pour une vulnérabilité des défenses naturelles du corps, car Pierre sera emporté par une grippe. Qui peut effacer de son esprit les scènes cauchemardesques qui vous poursuivent tout au long de votre vie? (Ces témoignages sont ceux recueillis auprès de feu mon père. Je l'ai enregistré sur K7 son, tandis qu'il me livrait les différentes péripéties de sa vie, n'oubliez pas de procéder ainsi, afin de ne pas le regretter plus tard. De plus, ces témoins de l'histoire sont en mesure de nous fournir des évènements fidèles en authenticité). (1)- Ce doyen, dernier en date qui a eu droit ces jours-ci à cet honneur a voulu que l'on pense aussi à ses camarades. Admirable geste d'humilité! Tout un symbole! (2)- Une balle traversa le cou de Thomas en frôlant les parties vitales (coeur, poumons). D'aucuns ont pensé que cette blessure l'aurait affaibli lors d'une poussée de fièvre qui ne paraissait pas alarmante. Décès à 41 ans. Il laissa cinq orphelins. Cinq orphelins en bas âge. Exemple encore plus cruel parce ses effets secondaires n'entrent pas dans les cas officiellement répertoriés. Combien comme lui n'auront pas même droit à la reconnaissance! Réflexions.- L'homme n'est pas distiné à tuer. Cet acte est contre nature puisque l'individu fait tout pour protéger sa vie. Un criminel est poursuivi comme tel et condamné, il est dément ou inconscient. Pourtant, cette règle protectionniste de la race humaine tolère qu'un combat sur un champ de bataille n'est plus un crime, c'est un honorable acte de légitime défense, allant jusqu'à la décoration. S'y soustraire est passible du Conseil de Guerre. La guerre légalise ainsi la tuerie ordinairement répréhensible. La Morale objective n'admet aucune dérogation. L'inévitable est d'avoir à faire face à une offensive sans qu'on la veuille. Concernant la 1ère Guerre Mondiale, de nombreux courants de pensée prônaient la Paix. Cette disposition pacifique a profité à l'ennemi mieux armé. Dans ces conditions que faire? De Gaulle avait opté pour une stratégie : "La Force de Dissuasion". De cette façon, je n'attaque personne, je me fais respecter et à la limite je suis prêt à me défendre....Le drame des poilus a été l'intox qui a prévalu sur l'autodéfense. A la manière des supporters d'un grand club de football, on chauffait à blanc le trouffion qui prenait le train pour le front."A Berlin! A Berlin!". On n'allait faire qu'une bouchée de l'ennemi, et dans trois mois, tout le monde serait de retour. Nous connaissons la suite......