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Archives, informations, recherches, généalogie, antécédents : Di Costanzo, Balestrieri, David...puis souvenirs scolaires, références musicales...

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1968-2007 - Les Guépiens à St-Martial de Varen=

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                        n°1               N°2                n°3                 N°4             n° 5               N°6             n°7                 N°8           
Aux confins du Tarn-et-Garonne, en limite avec le Département de l'Aveyron, c'est St-Martial-de-Varen. Hameau agricole formé d'une dizaine de maisons. Habitant de culture aveyronnaise lequel dépend administrativement de la Commune de Varen. Par commodité, il se rend  ou à Laguépie ou à Villefranche-de-Rouergue. Depuis plusieurs années, faute de combattants le hameau n'a plus d'école, comme St-Ignes, St-Projet....Lorsque la ligne de Chemin de Fer, Montauban-Villenouvelle-Laguépie a fermé, tous les passages à niveau et les petites gares ont été vendus à des particuliers. Aujourd'hui, sur le sillage, en suivant les mêmes courbes, en traversant quelques tunnels cédés aux automobiles, vous découvrez  un joli site, les Gorges de l'Aveyron. Vous traversez St-Antonin, chef lieu de canton, trois dizaines de kilomètres et vous êtes à St-Martial.  L'école  appartient aujourd'hui à des Anglais qui l'ont magnifiquement restaurée. Il est aisé de classer les deux périodes qui séparent les clichés ( 1968 en NB à  2007 = 39 ans).
                    1968.-Dans un mois, le Pays va virer la cuti. C'est "Mai 68" et toutes les modifications qu'il engendrera sur les moeurs. Sur la porte d'entrée de l'appartement (cliché n°1) sera placardé le texte sur la décentralisation, il ne pourra s'appliquer que 14 ans plus tard. De Gaulle non plesbicité se retire. Durant tous les bouleversements nationaux, qu'il est bon de se trouver loin de la confusion qui règne dans tous les courants de pensée. Ici, on vit en Paix.
                            Ce soir, mes nombreux élèves de musique de Laguépie sont venus animer. Après le petit récital où se sont illustrés de jeunes musiciens,  place au "Ciné Clüb" ( "u" en langue Celtique : respectez la phonétique de Monsieur Rous Maurice, conseiller municipal de Varen). Au programme, c'est du Jerry Lewis lors de sa période dorée ou bien comme ce soir, c'est "La Belle Américaine", avec R. Derry. Ambiance bon enfant, mais quel délice!

Cliché n°1 : le bâtiment rénové, admirablement décoré, le hameau déserté par l'agriculteur en peine de résister à la modernité, il faut des capitaux extérieurs pour entretenir et restaurer des maisons séculaires.
Cliché n°2 : ( noms cités de mémoire, après 40 ans) -
1er rang devant, de g.à dr. . Garrigues Gérard (Saxo soprano), Mercadier (guitare), Romec, Paul, Bouyssières Martine, Nicolas.
2° rang : Authesserres, Vergnes de Laborie-du-Grès, Roumagnac (accordéon).
3° rang : Mme Roumagnac (boulangère), X...antiquaire, Mme Di Costanzo, Goulard (accordéon), Vidaillac Maryse (accordéon), Cajarc Jean-Louis (clarinette).
4°  rangRaucoules Claudie et son époux Gayet Marc (clavier), Mme Roumagnac,
5° rang : Garrigues Claudie (soeur de Gérard) - Amen Marie-Noëlle (+), Mr. Roumagnac (plombier) et à dr. du poteau Mr. Bories Elie Conseiller Général et devant lui son fils aîné Michel (clarinette).
 Les rangs suivants : Mme Ceccarelli (Institutrice) Mme Mercadier, Mlle Espesset (Institutrice), Mme Lafage, Mme Bouyssières ép. du maire de Najac et soeur de Mr. Bories., Lafage William ( + guirariste doué), Mr Roumagnac (Boulanger).
Tout au fond contre le tableau : Mr. Paul ( mécanicien), Vidaillac (quincaillier) et son épouse cachée par Mme Bouyssières, Amen (béret penché, épicier), et Vidaillac fils.
Cliché n°6 . Le 4° homme à droite du pilier, c'est Monsieur Rous Maurice, fier du discours qu'il vient de prononcer devant une telle affluence, Conseiller Municipal de la Commune de Varen. Il est le digne représentant de St-Martial qu'il défend avec passion. (v.plus loin, un article sur ce personnage légendaire). Au centre de la photo, avec des lunettes, c'est Luc Regourd (clarinettiste sensible), fils du maire de Laguépie.Derrière Mr Bories C.G., Mr et Mme Vergnes de Laborie-du-Grès
Cliché n°7. Les Anglais ne sont pas seuls à restaurer. Martine Rous, une de mes anciennes élèves de Laguépie, fille de Marcel, le trompettiste et petite-fille de Maurice notre héros de St-Martial, s'est, elle aussi investie pour rénover la maison de son honorable grand-père. (coïncidence : notez les 3 Ma font la paire...). Je connais cette masure comme étant ancienne. J'y ai souvent pris une soupe chaude en y trempant le pain de campagne, le véritable. Construite avec des pierres différentes de celles du Lot, la façade retapée a retrouvé sa jeunesse, ce travail mérite que l'on fasse des éloges aux vaillants descendants qui consacrent leurs vacances aux travaux de ravalement.
Cliché n°8. Devant de g.à dr. Vergnes de Laborie-du-Grès, Bouyssières, du même hameau,le fils du mécanicien Paul , et en chemise cravate, Loupias. Derrière eux, Bousquières et Pinaud.

                                             Racines profondes.
            Je comprends que les Hommes d'Etat aient eu à se protéger en se réfugiant et en se  ressourçant loin du brouhaha des villes. En effet, De Gaulle à Colombey, Pompidou à Cajarc, tout près d'ici, et Mitterand à Latché(Landes).. ont fui le tohu-bohu de la Capitale,  pour prendre du recul au sein de la France Profonde. .Pour ma part, en toute modestie, c'est dans ce coin de terre que je me suis "reconstruit" après tant de périodes conflictuelles sur le Sol Algérien, mon sol natal. Depuis St-Augustin le Berbère et même sous l'Empire Romain, le sang a souvent coulé pour rien. Tandis qu'au sein de cette saine population du Rouergat, j'ai découvert des richesses sans fatras, sans artifices. Bref! J'y ai  trouvé mon équilibre et la valeur des choses.


 Quelques anecdotes rurales.
1°)- La tronçonneuse et l'humiliation. 2°) Le bouilleur de cru.3°) L'alcool tue, oui mais...4°) La soirée du 3 avril 1968.

1°)-La tronçonneuse et l'humiliation. Il était environ 15 h., depuis ce matin, la classe  est perturbée par un bruit insolite de " tronçonneuse thermique". Près d'une école, en pleine campagne ces plaintes deviennent insupportables. Le voisin agriculteur ne pouvait-il pas attendre la sortie des élèves et éviter ainsi d'importuner la classe? Voyant mes gosses décrocher, l'esprit ailleurs que dans le cours, je me vois obligé de remobiliser leur attention. Et en bon maître, croyant être en possession de la Connaissance, avec une arrière pensée d'infaillibilité, je vais  être couvert de ridicule par  les enfants. Depuis, j'ai appris à demeurer modeste.

-" Ne vous inquiétez pas, lancé-je,  c'est Monsieur Authesseres qui scie les troncs d'arbres".

- "Heu! Heu! Pas du  tout!" me  répond à brûle-pourpoint une gamine en ironisant. Elle poursuit aussitôt : "C'est Monsieur Authesserres qui a fait venir le taureau à la vache ce matin"...Décidément!

2°)- Le bouilleur de cru.  Chaque année, au mois de janvier, Monsieur André de Milhars (81), vient planter son alambic devant l'école, près du lavoir. Il y reste suffisamment longtemps pour distiller la production du coin. Ici, on délaisse l'eau-de-vie de marc, on lui préfère celle de prune et surtout celle de poire, un véritable enchantement du palais. L'inconvénient : l'alcool titre 65° au lieu de 45°, il faut avoir un gosier béton pour tenir le choc. L'élixir sort en un filet liquide incolore. On croirait à de l'eau...Il est 13h30. Les élèves rentrent en classe. Mais, aussitôt assis, les voilà effondrés sur le pupitre, sont-ils piqués par la mouche tsé-tsé? Gagnés par le sommeil inhabituel, ils se sont accordés une sieste à laquelle ils n'ont jamais eu droit. Et moi, planté devant une classe inerte, totalement absente, démuni de toute stratégie pour les réveiller. Je me réfugie dans la résignation. C'est alors que la plus jeune, la fille Paul, la seule lucide, devinant mon désarroi avoue ceci :
- "Pendant que Monsieur André faisait la sieste, ils sont tous allés boire l'alcool...dans le creux de la main..." Fichtre! Désarmé, mais convaincu que je n'y pouvais rien, la sortie de 16h.30 se fit sans trace de leçon. Ah! Canaillous!

3°)- L'alcool tue...mais. a) Première histoire. Jamais je n'oublierai cette scène. Toujours aussi actif, le distillateur tient sa comptabilité d'alcool. Il est sévèrement contrôlé. Il ne dispose d'aucune liberté pour négocier hors producteur un seul litre dévié. Aussi lorsque je lui demande de m'en vendre, il me rétorque qu'il n'en a pas le droit.
- "Demandez à celui qui s'en va, il pourra peut-être vous en vendre...!"
             Je  rattrape facilement le chariot à doubles roues géantes, tracté par deux boeufs. Le couple d'un certain âge est caché par deux fûts, vraisemblablement pleins selon les propos du bouilleur  : l'un de 225L et l'autre de 125L. Il s'agit toujours du même alcool de prune à 65°. Je demande gentiment de m'en vendre un litre. Tous deux me regardent d'un air ahuri:
- " Vous plaisantez? Il nous faut en acheter pour terminer l'année!..." A deux? Je rêve!
         Je suis resté coi. Comment oublier une scène pareille.
      b) 2° histoire. Il s'agit de faire le portrait d'un personnage hors du commun. Le respect de la personne, en l'occurrence très généreuse, m'impose l'anonymat. Lui, se contentait d'une bonbonne de 25L renouvelables. Mais il lui fallait sa dose quotidienne. Ce jour-là très malade. Plus aucun espoir de guérison. Dans la cour, le curé lisait son bréviaire. Attendant l'instant fatidique. Son "client" lui échappera. Il sera transporté d'urgence à l'hôpital de Villefranche-de-Rouergue, sous la vigilance des religieuses informées sur l'énergumène. Ici pas question de consommer un liquide autre que de l'eau. Notre héros ayant subi l'ablation de la rate, d'organes....dépérissait. Blême à faire peur. Son entourage comprit que tout étant perdu, il fallait se résoudre à lui fournir son breuvage....
                L'an dernier, j'ai appris qu'il venait de décéder, c'est-à-dire plusieurs années après. Aucun scrupule pour que  j'inscrive un héros de plus sur mon blog, tant sa générosité m'a touché. Il guettait depuis des mois un lièvre pour me l'offrir en civet au cours d'un mémorable repas pantagruélique. Au menu, poule au pot, charcuterie d'élevage, faisan aux cèpes, foie gras, civet de lièvre...ripoutchouss  et...châtaignes grillées.
               Surtout, mes chers lecteurs, la morale m'impose de ne pas vous entraîner dans cette voie scabreuse de ces héros éthyliques. On sait que l'alcool conserve les fruits, mais il les dénature. J'ai vu  ces villageois "adeptes du comptoir"  disparaître trop jeunes, souvent le mobile de cette dépendance à l'alcool est dû à l'ennui. Là aussi, je dois rester discret pour ne pas citer ceux qui m'ont souvent invité par courtoisie. Il a fallu que je me désolidarise de ce rite convivial mais suicidaire. Rares sont ceux qui ont dépassé la cinquantaine. Combien d'enseignants, alors considérés comme d'honorables personnalités du village, se sont laissés prendre à ce vice, ici et ailleurs?

4°)- La soirée du 3 avril 1968. Au programme, l'audition d'élèves de musique en nombre suffisant pour créer l'évènement. En préparation, le personnage indissociable de tout ce qui se passe ici, je rappelle son nom Monsieur Rous Maurice, ce héros local, est venu me rendre visite aux récréations dans la cour aménagée aujourd'hui (cliché n° 3). Il aiguisait son discours qu'il voulait transcendant. Il le sera, vous pouvez me croire. Je possède encore l'intégralité de l'enregistrement. Pour amender son texte, il l'essayait auprès de moi pour procéder à quelque amélioration. Je n'osais pas y toucher tant le verbe éloquent faisait partie de ses compétences d'homme de spectacle. Sur l'art du discours, il s'inspirait d'un recueil que lui avait offert un prof. algérois octogénaire à la retraite. Il construisait ses phrases en découpant des bribes et comme pour un puzzle, il arrivait à réaliser son petit chef d'oeuvre. Je n'ai jamais entendu de la part de quelqu'un dire de lui, il nous escagasse. Passionnant dans l'art du parler plus par la résonance des mots  que par le fond, il arrivait à capter l'attendion de l'assistance, à l'envoûter.Sous les applaudissements nourris, fier comme Artaban, je le vois descendre de la scène au fond  de la classe, savourant sa popularité et heureux de s'être libéré de cette lourde tâche à laquelle il avait travaillé plusieurs jours. Savoureux bonhomme. franc, sincère, authentique homme de terroir. Je l'avais averti qu'il y aurait foule ce soir. N'étant habitué qu'à la densité réduite de son hameau, il voit sous le lampadaire, une queue interminable de véhicules venant envahir l'aire qu'il a toujours maîtrisée. Dépassé, affolé, mon épouse arrive à lui donner confiance.  Tout à coup :"Mon discours, oui mon discours devant ces envahisseurs, sera-t-il à la hauteur?" s'interroge-t-il avec fébrilité. Maurice tremble d'émotion à faire peine. "T'en fais pas Maurice, tu as été super...!"
                         Que voulez-vous que j'ajoute à ces moments en apparence banaux mais remplis de souvenirs qu'on ne peut oublier.
                Messieurs les Propriétaires Britanniques, n'oubliez pas que dans votre grand salon, nous avons vibré aux accents rouergats de notre Cicérone. C'est notre héros à la Pagnol. Pensez-y! Thank you very much!

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