Archives, informations, recherches, généalogie, antécédents : Di Costanzo, Balestrieri, David...puis souvenirs scolaires, références musicales...

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1909.- Ecole Communale de Damrémont.
(Près de Philippeville).
Extrait n°1. POISSON D'AVRIL! Françoise aurait aujourd'hui, 108 ans. Elle est née un 1er Avril à la "Carrière Romaine", sise près de Philippeville, c'est donc son Anniversaire. Ici, elle n'a que 8 ans. Grande pour son âge, sa taille dépassera la moyenne des femmes. Elle est bien "tristounette" tandis qu'elle sera plus tard d'un optimisme constant et d'une gaieté débordante. Quelle est la cause de cette tristesse?
Histoire d'une famille de pionniers. Ses parents ont loué un lot de terre à un boucher lequel dans son bail stipule qu'il doit déverser régulièrement le fumier des bêtes destinées à l'abattoir. Le lot de terrain en conséquence devient très prospère. L'énergie déployée par ses parents Nicolas et Philomène Balestrieri, le lever à 3h. du matin pour livrer au marché, tout cela impose aux enfants un rythme biologique anormal. Mais plus grave encore, ce bien-être fait naître des convoitises. Ainsi, dès la tombée de la nuit, la maison est attaquée par une bande anonyme de renégats. On commence par jeter des cailloux sur le toit afin de faire sortir le plus téméraire. La consigne est de ne pas répondre à la provocation. Légitime défense oblige, des fusils de chasse sont utilisés comme arme défensive. Françoise, telle que vous la voyez sur la photo a tenu le fusil pour se défendre au même titre que ses parents. La journée en classe ne peut être que fastidieuse. Pas de sommeil réparateur pas d'école fructueuse. Le spectre des agresseurs inconnus la poursuit, pour conjurer le sort, elle chantera, elle ne cessera de chanter tout au long de sa vie. Elle aura une scolarité en dents de scie. Heureusement, sa maman, ex-professeur d'Italien, doublée de francophonie honorable, va l'aider dans son cursus élémentaire. En tout état de cause, à l'époque, l'agriculteur ne s'encombrait pas d'un bagage de connaissances acquises à l'école. Sa zone de prédilection se situe en plein air, en osmose avec Dame Nature. Pourtant, la privation des cours assidus va faire naître chez Françoise une frénésie pour apprendre, toujours apprendre...Elle me managera ainsi : tous les jours elle m'apprit à faire le bilan de ma journée. Vous l'avez deviné, cette petite fille marquée par la vie intrépide c'est ma maman. Déjà, on lui confie la charrette. Trop gamine pour ce rôle, elle fera une chute de plusieurs mètres dans un fossé avec cheval, char et chargement...
Extrait n°2. Balestrieri Jean, son frère n'échappera pas à ce climat où les loisirs trouvent peu de place. Tandis que ses parents pincent les pieds de tomates regorgeant de fruits, lui comme berceau se trouve dans un trou creusé à même la terre pour éviter qu'il n'échappe à la vigilance . Ainsi, dès le premier âge, il apprendra à "goûter"la terre. Ce qui renforcera son flair dans la manière d'estimer une récolte d'agrumes sur pied. MonsieurJean Gianésini, son associé, bien plus instruit cédait la place à l'autre Jean plus intuitif, plus instinctif, plus animal. L'école que jeune il rejettera sera son plus grand regret ...
Extrait n°3. Marrou Pauline, fille de l'institutrice. Finesse des traits, mais regard triste. Sa maman aussi. Décidément, la vie devait être des plus rudes. Parmi ces élèves, je ne reconnais pas son frère qui deviendra avocat. D'après maman, Jean ne restait pas indifférent à l'attrait de Pauline. Il ne cessait de la taquiner. Trop jeune pour imaginer des suites. Chacun dans sa chacunière, ils se perdront de vue. Pauline deviendra institutrice comme sa maman. Elle sera affectée à Bessombourg. Elle divorcera aux premières heures du mariage. Son salaire avoué par sa maman était de 50 francs, me sert souvent de références pour convertir les indices de valorisation avec ceux d'aujourd'hui. Je l'ai connue en 1945, sur la Propriété d'agrumes de ses parents. Son père mort accidentellement, a privé le foyer de revenus substantiels. Mon père Philippe locataire relancera la propriété à l'abandon et ainsi rebondira après les multiples déboires récemment vécus. Fruits propres à l'exportation, les agrumes fourniront des recettes "juteuses"...qui vont permettre à mon père d'accéder de nouveau au statut de propriétaire.
Photo n°4. : Madame Marrou. Elle a donc été l'institutrice de ma maman et de mon oncle. Le destin fera que nous la retrouverons comme propriétaire d'un verger et vignoble en direction de St-Antoine, face à l'Ecole d'Agriculture. Son mari venait de décéder accidentellement. Le premier contact avec elle me permet de dévisager cette fonctionnaire retraitée, visage marqué, très attentive aux arguments proposés par papa, spécialiste agricole. La métamorphose de l'orangeraie fera des miracles : de ce verger sortira une nouvelle production améliorée qualitativement et quantitativement. Résultat obtenu dans l'art de tailler. Je conserve cette fidèle mémoire olfactive des essences d'oranges , de mandarines, de clémentines et citrons fraîchement cueillis. Les zestes pincés sur une bougie faisaient jaillir une immense flamme, preuve de fraîcheur que jamais plus je ne pourrai connaître. Thompson, Sanguine Maltaise.... que de variétés résonnent en moi. Voilà pour la propriété Marrou. Elle sera vendue à Michel Saïd notre voisin. Malgré l'insistance de maman qui a poussé son époux à l'acquérir, papa a une autre attirance : retourner vers les coteaux qui l'ont vu naître, là où l'air est pur.
Attirance de Philippe vers ses Racines. Bien qu'entretenant un vignoble sur un terrain pentu, situé entre la forêt et l'orangeraie, il est loin de ses racines. Si l'hiver, il est agrumiculteur, l'été , il devient viticulteur. Entre le domaine de Saf-Saf qu'il vient de quitter et cette propriété, il est passé de 800 hl à 120. Il ne vinifie que du blanc avec sa Clairette, son Uniblanc, son Chasselas, son Muscat blanc, sa Panse, son Incomparable, toute la panoplie de raisins qui le démarque des variétés colorantes. Aussi, suis-je surpris de voir vendanger différemment. Un vignoble orienté vers ce genre de cep dans son intégralité monochrome n'est pas conforme aux usages des Italiens d'Ischia. Ils s'orientent surtout vers le vin rosé et le rouge. Seule gourmandise tolérée le muscat doux, dans ce cas papa a toujours excellé. Jusqu'en 1982, dans sa petite cave d'appartement, à Toulon, il réussissait son fameux élixir.
Ferme Marrou, un fléau: les criquets. Un évènement important va s'y dérouler en 1945. L'invasion des criquets de la même manière que l'a décrite Alphonse Daudet dans les "Lettres de Mon Moulin" en 1850, tandis qu'il était de passage à Alger. Ce fléau est gravé dans ma mémoire. En ce mois de juillet, à midi sonnant, le ciel s'obscurcit. Arrivée massive des sauterelles. Magnifiques insectes ailés, de couleur jaune, venus ici essentiellement pour pondre. D'aucuns en font des fritures comme des crevettes, le relent de fadeur m'écoeure. Il y en a tant qu'elles crissent sous mes chaussures. Elles sont venues mourir sur la Côte Méditerranéenne. L'opération "Torch" de novembre 43 et l' action de Rommel en Afrique du Nord sont la préoccupation première de la Libye en charge de traiter ordinairement les larves à leur naissance. C'est du moins ce que l'on raconte à Philippeville. Le concert de lessiveuses et de casseroles pour les affoler n'y fait rien. Le véritable fléau sera leurs progénitures, les criquets, chiffrés par milliards de milliards. Enfouis sous terre par grappes coniques ; dès l'éclosion, c'est une véritable razzia: feuilles, racines, tiges sont dévorées au désespoir des agriculteurs.
Photo n°5 . Photographe itinérant Caillot de Bône. Ecole Laïque de Damrémont (1909). Classe Unique à plusieurs niveaux, allant du Cours Préparatoire (11°) au Cours Moyen (7°) et Fin d'Etudes en 2 ans. La fin de cycle se divise en deux branches, le "certif" pour les études courtes limitées à 14 ans et l'Ecole Primaire Supérieure pour l'obtention du Brevet d'Enseignement ( ex. Pauline Marrou, Simone Saillenfaits, ma belle-mère), ou alors préparation d'entrée en VI° sur concours pour s'orienter vers le Bac (ex, le Fils Marrou, avocat). Rares étaient ceux qui choisissaient cette filière à Damrémont. Pas d'école maternelle, on rentre directement au CP. Les garçons ont un point commun : "caillou rasé" c'est ainsi que nous qualifiions le crâne ras. C'est une mesure d'hygiène élémentaire pour lutter contre un parasite, le pou. Aux filles, on leur passe régulièrement le "déméloir", peigne aux dents resserrées. La population infantile est hétéroclite. Le niveau hétérogène. On y trouve des niais, comme de brillants sujets : écart très marqué entre les uns et les autres. Certaines anecdotes citées par ma maman dénotent une niaiserie qui provoquait le rire général. Entre enfants pas de cadeau! Hélas!