Archives, informations, recherches, généalogie, antécédents : Di Costanzo, Balestrieri, David...puis souvenirs scolaires, références musicales...
Philippeville, vue partielle de la Place des Zouaves en 1945.
Le Rire.Joie éphémère. Hymne à la Paix.
" Après la Guerre finie, tous les soldats partis, Mademoiselles beaucoup Piquininis.." Nous chantions cet air dans un espoir de Paix. Mélodie identique qu' " A filiville au moins, y a le grand pont Romain..."Ce jour faste est enfin arrivé. Peuple en liesse. Une fois de plus, j'assiste à une joie collective débridée. Elle l'est dans la mesure où le conflit a été rude, plus la souffrance a été grande, mieux son antidote, le rire, va libérer les tensions . A Philippeville, la "Place des Chameaux" et la "Place des Zouaves", voient évoluer orchestres de bal populaire, cirques de toutes tailles, cirques à ciel ouvert, cirque avec chapiteau, avec ou sans ménagerie. On chercher le rire. Celui des spectateurs, généreux en éclats, avides de clowneries, s'entendent depuis ma villa Rue des Aurès. Rire nostalgique, rire nerveux, fou-rire , rire ironique, rire sarcastique, rire amer, rire artificiel : profitez-en quand il s'impose en vous. N'est-ce pas lui qui nous aide à survivre? On devrait rire jaune avec les quelque 60 000 000 de victimes. Soit une moyenne de 10 000 000 par an, et 27 000 par jour. L'équivalent d'une ville moyenne rayée quotidiennement de la carte. On commémore. On y pense et on oublie.
Ce temps éphémère qu'est la Fête de la Victoire en ce juillet 45 voit un retour vers la morosité, le quotidien avec les soucis reprend ses droits. Depuis, le pays n'a jamais plus connu cette joie. L'enfer qui a précédé la Libération nous a abreuvés de journaux où chaque jour une ville était rasée. La "Une" envahie d'immenses photos, avec son encre noire abondante, a illustré le bombardement des ports de Dunkerque et de Marseille, la destruction de Caen, le port de Philippeville en flamme, tout cela est déjà derrière nous. Ouf! A-t-on le temps de souffler? Les évènements de tous ordres vont dès lors commencer : d'abord un fléau, en ce début de juillet, je suis témoin de l'Invasion des Sauterelles, puis du soulèvement de la population autochtone en quête de son identité. Ce jour-là, une foule affolée fuit le café maure vers les hauteurs de la ville. Grouillante par le nombre, terrorisée, elle passe devant ma villa. Un énergumène abandonnant le salon de coiffure, court avec les verres à ventouses collés sur sa nuque. Un autre s'est arrangé pour enfiler son pied droit dans une boîte de conserve vide, il court comme un unijambiste..La cause? Une Section Sénégalaise déchaînée échappant au contrôle des supérieurs, pour venger l'assassinat de leur camarade de régiment se lancera dans les rues avec le coupe-coupe. L'un d'eux va sectionner un corps verticalement en deux parties, comme à l'abattoir. J'ai dix ans, le choc est effroyable. Brrr! Quelle mouche a donc piqué l'homme pour aimer l'hémoglobine?. C'était hier, la Victoire venait de se fêter, seulement 3 mois avant. Emotions spontanées, elles sont la seule stèle à la mémoire des disparus... et aujourd'hui, la vie continue on s'accommode des foyers de guerre sur toute la Planète, sans cesse entretenus par des Vestales sanguinaires. Plus jamais çà, voyons! voyons! Faut-il en rire? Faut-il en pleurer?